Ma coiffeuse est une droguée

Prenez donc rendez-vous au Salon.

dimanche, avril 02, 2006

La marche

Depuis quelques semaines, Josée voit un homme passer devant le Salon. Un vieil homme avec une canne. Il marche lentement, comme s'il savourait chacun de ses pas. Ou comme si chacun le faisait souffrir.

Lorsqu'il défile sous la fenêtre, Josée ne peut s'empêcher de l'observer. Souvent, une cliente est entre ses mains, mais au lieu de cesser la coupe pendant un moment, elle continue en négligeant chaque coup de ciseau. Une fois le vieil homme disparu, elle retourne à son travail pour s'apercevoir que la coupe n'est pas tout à fait réussie. Une mèche trop courte, un coup de rasoir trop profond.

Mais toujours elle rassure ses clients, qui ne se doutent de rien, en disant que leur nouvelle tête leur va à ravir, que jamais elle n'a réussi une si belle coupe. Ses mots font du bien. Josée est un placebo capilaire.


L'homme à la canne ne s'arrête jamais au Salon. Il n'a pas de cheveux. Parfois, Josée aimerait sortir pour marcher à ses côtés, suivre un rythme qui n'est pas le sien. Juste pour prendre, pour une fois, le temps.