Accoudée sur le comptoir de la réception improvisée, Josée attend. La pluie fracasse la vitrine en une sonorité qui s'apparente au bruit que font les mouches l'été, lorsqu'elles s'écrasent sur la lunette avant de sa Renault 5 orangée. Il n'y aura pas un chat aujourd'hui, encore moins une carpe ou une pie.
Si la pluie décoiffe, tout comme le vent, à quoi bon se faire une beauté si elle est pour s'envoler avec le temps?
Josée regarde ses ongles en songeant qu'elle devrait peut-être les vernir, les couper ou s'acheter un micro-ondes, pendant que les secondes défilent. À peine son dos fait-il face à la porte en une bouderie initiée par une envie d'un expresso bien tassé, que le vent entre sans s'annoncer, succédé d'une cliente dont la beauté avait filé en même temps que son bas-culotte et que son mascara.
Comme elle n'a ni nylon ni recette pour revamper un visage érodé, Josée file à l'arrière préparer du café. En empoignant ses ciseaux au retour, afin de s'attaquer à la dame éméchée.
Une fois que la femme eut quitté le Salon, une ombre de remords traversa son regard; elle aurait souhaité pouvoir lui offrir un parapluie.
Parce que parfois, c'est tout ce qui manque pour se protéger des grands vents.